Le Parrain

Soif de comprendre le monde...
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Je suis né au Maroc sous le règne de Hassan II, qui hante encore aujourd’hui mes  cauchemars. J'ai grandi dans un pays où l’analphabétisme avoisinait les 70%, ce qui au  passage arrangeait bien le pouvoir pour asseoir sa domination et son despotisme. Un  peuple ignorant est un peuple soumis, un peuple cultivé est toujours difficile à gouverner et  les médias s'attelaient à travestir la réalité et à crétiniser son audience. Le maintien du  pouvoir, exigeait de leur part une volonté acharnée de produire, fabriquer et formater « la réalité » et il m’a fallu déployer un effort de réflexion considérable pour ne pas  perdre la raison sur ce terrain miné par les faux vrais semblants et les illusions d’un monde où le pouvoir s’arroge le plein droit de tromper sciemment son peuple afin de ménager  son bien-être. Donald Henry Rumsfeld n’a t-il pas déclaré, après les attentats du 11 septembre, que la « désinformation » en temps de guerre était une arme comme les autres  et qu’il était de sa responsabilité de s’en servir ? Alors, mon seul échappatoire dans le  pays de Hassan II fut le ciné-club du cinéma Empire à Meknès (ma ville natale), créé par  une association de cinéastes, de critiques cinéma et de professeurs et consacré  essentiellement à l’étude et à l’analyse du cinéma documentaire. Durant six ans et quatre  fois par semaine, je vais être isolé du monde extérieur, seul face à l'écran, à m’informer, à  découvrir et à comprendre le monde.

J’ai vu Nanouk l'Esquimau (1922) de Robert Flaherty, le père du documentaire. Sa caméra m’a plongé dans la vie des Inuits, une population jusqu'alors méconnue, qui luttent  avec courage et créativité contre les forces de la nature.

J’ai découvert le cinéma soviétique à travers L'homme à la caméra (1929) de Dziga  Vertov, un véritable poème cinématographique où l’opérateur se promène dans les rues  de Moscou avec une caméra sur trépied dans le dos, un œil en très gros plan en  superposition avec celui d'un objectif… pour prendre le pouls d'un peuple en pleine  effervescence.

J’ai vécu le cauchemar des camps d'extermination et l’arrivée de l'ère du cinéma du réel.

Je suis parti à la découverte des peuples Dogons en Afrique de l'ouest avec Jean Rouch dans Les Maîtres fous (1954). Caméra au poing, le cinéaste est au cœur de l'action. C’est la naissance du cinéma direct.

Scotché à mon fauteuil, j’ai participé avec le collectif « Grupo Cine Liberación » et L’heure des brasiers (1968) au vent contestataire qui secouait l’Amérique Latine. Le documentaire devient une arme pour combattre les dictatures.

Sans savoir qu’un jour je ferais mes études en Belgique, j’ai découvert la vie désastreuses  des mineurs belges dans Misère au Borinage (1933) de Joris Ivens et Henri Storck.

Quelques années plus tard, je vais voir et revoir les films de Chantal Akerman. Son regard incisif sur les souffrances passées et à venir, ses long travellings qui mettent en lumière les  ruines du bloc soviétique dans D'Est (1993), le lynchage d'un jeune afro-américain dans  une petite ville du Texas, qui interroge le racisme dans Sud (1999).

Aujourd’hui, les documentaristes que vous allez avoir la chance de découvrir lors de ce  mois du documentaire, sont les héritiers de ces nombreux et talentueux cinéastes,  précurseurs d’un cinéma du réel, un cinéma vérité. Vous allez voir des documentaristes parfois observateurs, parfois acteurs d’un monde qu’ils filment avec passion, engagement,  dévouement et un sentiment d’amour envers leurs intervenants. Leur souci primordial est  de donner la parole à des gens qui en sont privés, à des gens qui ont tant de choses à partager avec nous, à des gens qui ont tant de choses à nous apprendre. Le réel chez ces  documentaristes est un atout, un outil, l’essence même de leurs réalisations et la  caméra n’est qu’un simple outil qui n’a de valeur que s’ils ont quelque chose à  dire.

Aujourd’hui, nous avons plus que jamais besoin de voir et faire voir le monde qui nous  entoure, de comprendre et faire comprendre les enjeux économiques, sociaux, environnementaux, religieux et philosophiques, de conscientiser, de sensibiliser, de tirer  les signaux d’alarmes… et le cinéma documentaire est le facteur-clé pour y arriver.

Suite à mes séances scolaires avec mon film Au temps où les arabes dansaient, je suis  convaincu qu’il nous faudrait revenir à un discours de « savoir » à travers l'ÉDUCATION par l’image. Montrer des films documentaires dans les salles de cinéma, débattre avec les  jeunes, leur donner des clés pour comprendre le monde, pour réfléchir par eux-mêmes et  se forger ainsi leurs propres opinions... C’est plus percutant qu’une armée de police qui ne  fait que nourrir la haine de l’autre.

« Documentaire romancé », « documentaire ethnographique », « documentaire  mémoriel », « documentaire engagé », « documentaire militant », « cinéma vérité »… peu importe les classifications dans lesquelles on cherche à l’enfermer, peu importe la  technique, le documentaire, quand il est bien fait, avec beaucoup de sérieux et  d’honnêteté, peut changer le monde.

Jawad Rhalib

Jawad Rhalib, Parrain de l’édition 2020



Jawad Rhalib : bio-filmographie

Jawad Rhalib est un cinéaste belgo-marocain connu pour son cinéma social et engagé. Son  style réaliste s'axe sur une observation et une dénonciation sans concession des tares et des  ravages politiques, économiques et religieux sur nos sociétés. Parmi ses œuvres militantes :  des fictions comme 7, rue de la folie une comédie noire qui explore la dictature du patriarcat, Insoumise qui traite de la révolte des saisonniers quant à l’exploitation des  propriétaires terriens, Boomerang une comédie noire sur les candidats à l’immigration et  les passeurs… et des long métrages documentaires comme El Ejido, la loi du Profit, Les damnés de la mer, Au temps où les arabes dansaient qui ont été sélectionnés en compétition dans de prestigieux festivals, avec les grands prix pour El Ejido, la loi du profit et  Au temps où les arabes dansaient au FESPACO (2007 et 2019) et les prix du public à  Vision du réel – Nyon (2007 et 2019), le grand prix et le prix Rainier pour Les damnés de la  mer au festival international de Monte-Carlo et une nomination au European Film  Awards... Son film Au temps où les arabes dansaient était notamment en compétition  officielle au TIFF  Toronto, FIFA  Montréal, Göteborg Film Festival, International Filmfestival Manheim… Son avant dernier long métrage documentaire Fadma, même les fourmis ont des ailes vient de démarrer sa vie festivalière en compétition Internationale à Hot Docs, au Durban International Film Festival, au Festival Dei Popoli…

Il vient de terminer la postproduction de son dernier long métrage documentaire The Pink  Revolution.

 

FICTION  

2010 : Boomerang 

2015 : Insoumise  

2014 : 7, rue de la Folie 

LONG MÉTRAGE DOCUMENTAIRE  

2020 : The Pink Revolution 

2019 : Fadma, même les fourmis ont des ailes

2018 : Au temps où les arabes dansaient

2016 : Les hirondelles de l’amour  

2013 : Le chant des tortues, une révolution marocaine 

2008 Les damnés de la mer  

2006 : El Ejido, la loi du profit  

2005 : L’équation sud-africaine 

2004 : Brûler, disaient-ils ou les raisons de la colère 

2002 : Madagascar les années volées  

2001 : La nouvelle Afrique du Sud, oui mais… 

2000 : Vietnam Now. 

2000 : El insecto asesino 

1999 : Au nom de la coca  

1997 : Bouddah, Allah, Shiva et les autres

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